Directing
Dans Le Livre d’Image, Jean-Luc Godard recycle des images déjà existantes (films, documentaires, peintures, archives télévisuelles, etc.), cite des extraits de livres, utilise des fragments de musique. Le moteur, c’est la rime poétique, l’association ou l’opposition d’idées, l’étincelle esthétique à travers le montage, clé de voûte. L’auteur exécute un travail de sculpteur. La main, pour cela, est essentielle. Il en fait l’éloge au début. « Il y a les cinq doigts. Les cinq sens. Les cinq parties du monde (…). La vraie condition de l’homme, c’est de penser avec ses mains. » Jean-Luc Godard compose une éblouissante syncope de séquences, dont le déferlement évoque la violence des flux de nos écrans contemporains, portée à un niveau d'incandescence rarement atteint. Couronné à Cannes, le dernier Godard est un film choc, à la beauté crépusculaire.
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Un travelling avant doux et patient accompagne le lever du jour sur le cimetière du Père Lachaise, et, par des métamorphoses continuelles de la matière visuelle, révèle un lieu traversé par une vie chromatique aux variations inépuisables. Un film né du Holy Motors de Léos Carax accompagné d'une musique originale de JB Dunckel.
À la (re)découverte de Flaubert, Jacques Perconte s’est plongé dans Salammbô. D’abord la richesse plastique du texte l’a saisi. Puis, l’immense pouvoir poétique de ses mots et plus particulièrement de ses incroyables descriptions. Cela lui est apparu comme le moyen évident de se jouer de la douceur de ses images en les prenant dans un dispositif mystérieux. Ce Salammbô est un jeu alchimique entre ses images, la musique d’Othman Louati vibrante dans la trompette de Noé Nillni et le texte de Flaubert dans la voix de Julien Ribeil. Ciné-concert montré lors du festival ]interstices[ 2021.
Le musicien Jean-Benoît Dunckel, moitié du groupe AIR, et le cinéaste Jacques Perconte, grand artiste des couleurs et des paysages, collaborateur de Jeff Mills (projet Extension sauvage) créent spécialement pour la soirée d’ouverture du festival un dialogue situé quelque part entre improvisation et course-poursuite. Perconte a filmé amoureusement la Normandie : le ciel, les forêts, les clairières, les herbes, les vagues, qu’il s’ingénie ensuite à compresser de sa palette numérique pour mieux en saisir le suc. Lors de cette performance inédite, l’hyperréalisme fait place à un impressionnisme tout terrain. Les pixels fondent peu à peu jusqu’à couler sur le grand écran, tandis que la musique de Dunckel, très marquée par les envolées krautrock des années 70, désaccorde en direct ces images d’un nouveau genre. Le bocage normand mue en une matière nouvelle, de laquelle mille soleils s'élèvent puis nous éblouissent, à quelques encablures du printemps.
Avec les immenses cargos, les couleurs de l’horizon viendront, poussées par les vents, prendre les blancs des falaises pour les projeter dans les verts de la végétation des vals et s’enfoncer dans les terres jusqu’aux industries de Rouen. De là emportées par les vents contraires, les colonnes de fumée des usines se disperseront au fil des routes et des champs pour revenir aux falaises blanches. Et des dizaines de mètres à pics sur la mer, les mouettes dans leurs danse iront défier le vertige de nos sens pour nous conduire au ciel. Ciel qui se renversa pour nous mettre la tête à l’envers, la mer au dessus de nous, puis partout.
À un peu plus de 600 km au large des côtes de l'Afrique, Madère surgit de l'océan. C'est le sommet d'un ancien volcan, immense. Nous découvrons la côte en explorateurs, nous pénétrons la forêt primaire et traversons ses millions de couleurs au creux de vallées baignées de lumières magiques. Les hommes, sur l'autre versant, travaillent la terre. Ils essaient d'en exploiter la richesse pour se nourrir. Ils sont pris dans la matière et le vent les efface peu à peu.
Un bouquet de roses pour elle. Les pétales glissent les unes contre les autres. Et ainsi de suite, l’image dessine ces sentiments qui m’envahissent. Les formes s’entremêlent, se caressent, se fondent. Seize minutes pour se laisser emporter dans ce tourbillon de nuages roses.
Juste débarqué à Madère à peine descendu de l'avion et arrivé à l'hôtel qu'il commençait doucement à pleuvoir. C'était une pluie dont je n'ai pas l'habitude. Une pluie très douce. Le ciel a viré doucement au gris sur l'océan. Alors tout de suite j'ai sorti le pied et ma caméra pour les installer au balcon et filmer. Je regardais le ciel pendant que nous défaisions nos bagages. Je me disais qu'il se passait vraiment quelque chose de merveilleux dehors. Au bout de quelques instants j'ai fini par aller voir dehors et profiter de la pluie. Et je me laissais aller à regarder disparaître au loin L'île Deserta Grande…
L’île de patiras est la première terre sur les eaux de l’estuaire de la Gironde. C’est le premier lieu où s’engouffrent les vents de l’océan. C’est une terre modeste sans relief. À la pointe, il y a un refuge, un observatoire surplombé d’un phare. C’est un coin rude et délicat, où le temps est suspendu, mais balayé par le vent, brûlé par le soleil, soufflé par les sels des embruns.
À force de cette violence omniprésente voilà que l’image saigne. Mais le rouge ne reste pas à la surface de l’eau.